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Des Start-up pour redynamiser les territoires

Start-Up de Territoire a été initié historiquement par le groupe Archer, en 2016, à Valence Romans, capitale des Start-Up de Territoire. Son objectif est de permettre aux acteurs locaux et aux citoyens de se mettre en lien lors de soirées créatives, notamment, afin de coconstruire les entreprises de demain, au sein d’un modèle économique non spéculatif, basé sur le réel: l’Economie Sociale et Solidaire.

Une ambition nationale

La dynamique Start-Up de Territoire (SUT) est présente sur 12 territoires français. Chaque territoire développe cette expérimentation de manière indépendante. Voici donc les organismes qui ont décidé de rejoindre le réseau national SUT (certains avaient déjà commencé le développement de solutions locales avant 2016, vous pouvez trouver les actualités sur leurs sites respectifs) :

[Date de création de la structure locale accompagnant les projets –> date de lancement de la dynamique SUT sur le territoire]

Start-Up de Territoire en quelques mots

Le taux de réponse du sondage envoyé aux différents acteurs membres du réseau SUT est de 22%. Merci aux membres de Strasbourg, Besançon, Lons-le-Saunier, Figeac et Comminges d’avoir joué le jeu !

Agir ensemble pour un avenir meilleur

Avec Start-Up de Territoire fini l’indignation et place à l’action! L’initiative vise à développer des solutions durables qui répondent aux besoins des territoires AVEC les citoyens. C’est une démarche démocratique et participative pour que les citoyens se réapproprient leur pouvoir d’agir et d’entreprendre à leur petite échelle. Ainsi, des rencontres ont été organisées sur chaque territoire, afin de réfléchir, grâce à l’intelligence collective, aux projets qui pourraient prendre vie localement. Ces brainstormings géants ont permis de révéler les potentiels individuels et collectifs en laissant place à la créativité pour que chacun puisse faire remonter les besoins, les envies, les projets qu’ils souhaiteraient voir émerger dans leur quartier. Les projets doivent simplement être innovants, éthiques et responsables.

La validation finale des projets est propre à chaque territoire tout en respectant un fil rouge commun : les projets doivent être portés collectivement, ancrés localement et avoir des impacts sociétal et environnemental positifs. Ensuite, les initiateurs des projets choisis, bénéficieront d’un accompagnement et d’un réseau d’acteurs économiques et sociaux. Les porteurs de projet restent tout de même indépendant et autonome concernant le développement de leur activité, la gestion de leur site internet et de leurs réseaux sociaux.

Ces noyaux d’entrepreneurs d’utilité sociale, constitués en associations, SCIC, SCOP, etc. partagent, via le réseau national SUT, leurs idées, leurs besoins et les bonnes pratiques. Une idée développée à Grenoble peut, par exemple, être développée à Strasbourg ou vice-versa. Un bel exemple est le réseau des Petites Cantines. Au sein même du territoire, les mises en lien entre les différentes structures se font également naturellement. C’est une synergie qui est à l’œuvre pour mettre en place un nouveau modèle économique : l’Economie Sociale et Solidaire. Les citoyens se réapproprient l’économie, dans laquelle, les profits individuels sont proscrits. C’est une économie de partage où les travailleurs sont idéalement au service du bien commun.

Start-Up de Territoire en Alsace

Mardi 19 juillet 2022, j’ai pu participer à une des réunions mensuelles de présentation de la dynamique Start-Up de Territoire à la Tour Merveilleuse du Schloessel. Claire nous a présenté les projets qui composent Start-up de Territoire Alsace au sein de ce tiers-lieu participatif et citoyen. Ensuite, les animatrices ont co-animé un atelier « Remontée des rêves ». En 2 minutes top chrono, nous devions d’abord noter sur des post-its tout ce qui nous indignait. Puis, nous avons écrit ce que l’on rêverait pour notre quartier. Enfin, nous avons listé les initiatives que nous connaissions sur le territoire qui mériteraient d’être boostées et celles d’autres régions qui mériteraient d’être implantées. Nous avons clôturé cette séance conviviale par une petite photo de groupe.

Start-Up de Territoire Alsace et la Tour Merveilleuse du Schloessel sont portées toutes les deux par l’association Le Labo des Partenariats. La Tour Merveilleuse du Schloessel, a ouvert, il y a un peu plus d’un an, en juillet 2021. Elle est située au bord d’une rivière et à proximité d’un jardin partagé, dans le quartier Koenigshoffen de Strasbourg. Elle est à la fois un café-restaurant et un lieu de co-working pour les associations bâtisseuses d’un monde meilleur. L’association Le Labo des Partenariats met ce tiers-lieu à disposition pour des ateliers, des animations, des événements, des réunions de travail, etc. Il est en constante évolution en fonction des idées des acteurs de la transition qui imaginent le monde de demain avec joie et enthousiasme.

« Le bonheur individuel se doit de produire des retombées collectives, faute de quoi, la société n’est qu’un rêve de prédateur. »

Daniel Pennac

Ce bel îlot de verdure au sein du Parc Naturel Urbain de Strasbourg permet de tisser des liens entre les habitants du quartier et d’ailleurs. L’un des objectifs est de créer un écosystème vertueux et respectueux de la nature sur le territoire. C’est pourquoi le café propose uniquement des produits issus de l’agriculture locale et biologique. Les meubles et matériaux sont récupérés pour aménager les espaces, etc.

Start-Up de Territoire en quelques chiffres

(chiffres datés du 12/09/2022)

Une centaine de projets à impact positif ont été accompagnés ou boostés en France, depuis 2016, grâce à la démarche Start-Up de Territoire :

 La dynamique SUT s’est superbement bien déployée à Valence Romans, suivi par Strasbourg et Nancy.

L’initiative SUT a eu moins de succès à Lille, Lons-le-Saunier, St-Pierre en Faucigny, Besançon, Comminges, Figeac et Le Mans. Pour les cinq derniers territoires, la démarche est récente, il faut peut-être laisser un peu de temps pour que la mayonnaise prenne comme on dit ^^. A titre d’exemple, Besançon accompagne 10 projets depuis quelques semaines et 4 seront de nouveau challengés lors d’un temps de remobilisation le 8 novembre prochain.

Concernant les projets propulsés à Grenoble et à Reims, je n’ai malheureusement pas réussi à obtenir des données concrètes pour mener l’analyse jusqu’au bout. Il est donc certain que le nombre de projets aboutis est sous-estimés.

A savoir, que les projets compris dans l’analyse, sont uniquement les projets SUT concrets ayant au minimum un porteur de projet identifié avec soit une structure juridique créée (association, SCIC, SCOP, SAS, SARL, etc.), soit une page ou un site internet actif.

Start-Up de Territoire est très suivie sur Facebook et également sur le réseau professionnel LinkedIn. En tout, la communauté SUT s’élèverait au minimum à 14 000 abonnés, si on prend l’hypothèse que les abonnés d’un territoire ne s’abonne pas à SUT d’un territoire où ils n’habitent pas (comme moi). Valence Romans, la capitale des Start-Up de Territoire était sur le podium en termes de nombre de projets accompagnés, mais c’est Strasbourg qui est en tête en termes de nombre d’abonnés sur les réseaux sociaux principaux!

Intéressons-nous maintenant à la structure juridique des projets. Plus de la moitié des projets concernent des associations. Plus d’un quart des projets sont constitués en société à but lucratif. Les sociétés coopératives (SCIC/SCOP) représentent seulement 8% des projets développés au sein de la dynamique SUT.

Les sociétés coopératives ont été principalement créées à Valence Romans (5 SCIC et 2 SCOP). Sinon, sur presque tous les territoires, c’est le modèle associatif qui est privilégié par les porteurs de projet.

Sachez qu’une association peut très bien décider de se transformer en SCIC, à titre d’exemple. Voici un excellent article qui explique les avantages qu’offre ce statut en termes de perspectives économiques, gouvernance démocratique tout en maintenant l’esprit associatif de base. Il y a également ce tableau comparatif association/SCIC/SCOP qui peut aider à mener cette réflexion et analyser ce qui correspond le mieux à chaque situation.

Le graphique ci-dessous nous montre que le domaine de l’alimentation constitue près d’un quart des projets. Il comprend les initiatives de la graines à l’assiette (jardinage, maraîchage, épicerie, restaurants, etc.). 10% des porteurs de projet se sont intéressés au domaine du recyclage ou du réemploi des déchets (verre, compost, etc.). Nous pouvons remarquer également qu’il y a une volonté de développer les tiers-lieux pour permettre aux citoyens de faire du coworking ou de se regrouper autour de divers sujets (numérique, artistique, etc.).

J’espère que ce petit aperçu chiffré vous a plu. Il serait intéressant de suivre d’autres indicateurs comme :

  • Le nombre d’emplois créés par territoire, avec pourquoi pas, une distinction entre cadre/non cadre, service civique, etc.
  • Le salaire moyen de ces emplois créés par territoire par rapport au salaire médian français
  • Le nombre de bénévoles nécessaires au fonctionnement des projets, etc.

Start-Up de Territoire pourrait même s’inspirer de l’association « Tous élus » pour présenter un bilan financier très complet et transparent à ses lecteurs. 😉

Les bonnes pratiques à essaimer

Lorsqu’une idée est bonne, il faut la partager. Alors voici quelques projets, bonnes pratiques ou autres éléments que j’ai apprécié qui pourraient, parfois, être repris par les autres antennes SUT (il a été quelquefois difficile de choisir une seule idée par territoire) :

Appel à projet personnel

Je profite de cet article pour parler de mes projets rêvés (flexibles et adaptables), par ordre de préférence, afin que, peut-être, je puisse trouver des personnes qui seraient enthousiasmées par l’un de ces projets.

1. Création d’une SCIC fonctions supports (comptabilité, trésorerie, contrôle de gestion, paye, etc.) dans laquelle je m’occuperais de la partie contrôle de gestion. Idéalement, j’accompagnerai les entreprises et associations de l’ESS à piloter leur organisation de manière équilibrée. Je réaliserai leurs budgets, leurs prévisionnels, le suivi budgétaire, le calcul des coûts, des marges, etc. Je coconstruirai également des tableaux de bord de suivi d’indicateurs adaptés à leur activité. Je les accompagnerai dans la compréhension des chiffres et des éventuels écarts. Je préconiserai des plans d’actions, toujours dans une démarche d’amélioration continue, etc.

–> Après avoir eu cette idée qui me trottait dans la tête, j’ai fait quelques recherches pour voir si quelqu’un l’avait déjà mise en place. Et donc voici mes belles trouvailles inspirantes :

  • La coopérative bretonne Pachamama avec son projet KPI4Change propose ses services en alliant la dimension RSE au contrôle de gestion.
  • La SCIC Finacoop est le 1er cabinet d’expertise comptable qui propose ses services presque de la même manière que je me l’imaginais. Mais ils n’ont malheureusement pas pour projet de se développer dans le Bas-Rhin pour le moment.

–> J’ai aussi lu quelques travaux sur la place du contrôle de gestion au sein de l’ESS :
La construction des outils de gestion dans les entreprises sociales : les apports du concept d’édition par Pascale Château Terrisse et Ewan Oiry (2020)
Les outils de gestion répondent à des besoins institutionnels (externes) afin de rendre compte de l’activité. Mais, ils permettent aussi de construire, avec les parties prenantes, un narratif cohérent et un sens commun sur les finalités sociales de l’organisation (besoins internes). Ici, est montré comment se mettent en place les outils de gestion au sein d’un fonds de capital-risque solidaire en Afrique où la culture africaine apporte une vision différente du concept de l’économie sociale et solidaire. Ceci amène parfois les sociétaires à devoir faire preuve d’adaptation dans le choix des indicateurs à suivre, etc.
Comment évaluer l’impact social des organisations à but non lucratif ? Le cas d’Apprentis d’Auteuil. par Julien Kleszczowski (2020)
J.K. soulève les conséquences potentiellement néfastes de l’utilisation d’un système de pilotage uniquement basé sur la performance des résultats pour les organismes à but non lucratifs. Il préconise la mise en place d’outils spécifiques pour mesurer également les effets qualitatifs, mais indique toutefois, que le manque de données et de temps peut freiner cette mise en œuvre. Dans le cadre de cette réflexion, il cherche à évaluer l’impact social de 5 dispositifs d’aide de la fondation catholique « Apprentis d’Auteuil » (Relais d’Accompagnement Personnalisé, service « Ecoute Infos Familles », projet « tablettes numériques en internat éducatif et scolaire », maison Saint-Odile et service « Educateurs en Centre de Formation par Apprentissage »).
Les caractéristiques du contrôle de gestion au sein des sociétés coopératives de production par Christophe Maurel (2008)
C.M. mène une recherche exploratoire sur les pratiques et les outils de contrôle de gestion au sein des SCOP. Plus de la moitié des SCOP, ayant répondu au questionnaire, indique utiliser des outils de suivi de la trésorerie et du résultat, des tableaux de bord de suivi d’activité et des systèmes de calcul de coûts pour la prise de décision. La démarche de simulation de données prévisionnelles ne serait pas très développée ce qui réduit les possibilités de mise en place de plan d’actions. C.M. compare les résultats obtenus avec une étude menée par Nobre sur les P.M.E. Il observe des similitudes sur les outils de contrôle de gestion utilisés avec toutefois une spécificité liée à la gouvernance démocratique et participative des SCOP.
Les outils et pratiques de contrôle de gestion dans les Scop pour piloter la performance globale par Christophe Maurel et François Pantin (2020)
Piloter la dimension objective de la performance peut s’avérer complexe lorsque l’on y ajoute une dimension subjective sociale et environnementale. Ainsi, il est recommandé de s’appuyer sur les valeurs de l’organisation pour constituer un tableau de bord présentant des indicateurs de la RSE. Celui-ci permettra ensuite de rendre compte de l’utilité sociale générée par l’activité de l’organisation. C.M. et F.P. cherchent à étudier la démarche RSE engagée dans 5 SCOP, par l’analyse des outils de gestion existants sur les dimensions économique, social et environnemental. Il en ressort que la qualité du travail fourni, les conditions de travail améliorées, etc. sont des aspects importants qui passent avant la notion de rentabilité de la coopérative. Par ailleurs, la gouvernance démocratique de la SCOP facilite le contrôle interactif et permet, par conséquent, l’amélioration du pilotage de la performance globale.

Je suis également en train de lire un livre passionnant co-écrit par des enseignantes-chercheuses et enseignants-chercheurs spécialistes de leur discipline en science de gestion :  Petits Manuels de la Grande Transition – Vers une autre gestion.

–> Pour en savoir plus sur mes expériences professionnelles, vous pouvez vous rendre sur mon profil LinkedIn ou me contacter 🙂

2. Création d’un éco-lieux ou habitat participatif inclusif intergénérationnel et médicalisé pour me permettre de vivre à proximité de ma maman en situation de handicap (sclérose en plaques). Elle est actuellement dans un Ehpad dans le Haut-Rhin à seulement 60 ans. Les personnels soignants viennent quelques fois par jour dans sa chambre et portent constamment un masque. Ma maman ne voit plus beaucoup de sourires depuis plus d’un an…
Aussi, si vous connaissez des endroits pour partir en vacances qui offrent une prise en charge médicalisée, n’hésitez pas à me le faire savoir en commentaire car le seul endroit adapté que j’ai trouvé, se situe au Maroc : Handioasis (un peu risqué de prendre l’avion avec ma mère car nous ne pouvons pas nous permettre un retard de vol).

Conclusion

L’Economie Sociale et Solidaire est en pleine expansion et représente déjà 10% du PIB. Malheureusement, elle fonctionne, pour de nombreuses structures, avec la générosité de millions de bénévoles et le bon vouloir des financeurs…

Et si nous transformions toutes les entreprises générant de nombreux bénéfices aux actionnaires en sociétés coopératives ? Ne serait-ce pas là une solution pour permettre à tous de vivre dignement et d’aller vers la transition que nous devons mener collectivement ?

« Travailler ensemble pour le bénéfice de tous« . Philippe Lelong

Ces projets à forte rentabilité ne permettraient-ils pas de subventionner les petits projets du territoire en besoin de financement ? Voici quelques exemples concrets à répliquer partout en France et ailleurs :

La SCIC c’est la vie! La SCOP c’est le TOP!

Alors, prêt à oser des projets ambitieux ? Il y a en ce moment une volonté de reprendre une clinique en SCIC entre Tours et Orléans ! En 2020, François Dechy et Jérôme Saddier proposaient de créer un réseau de coopératives pour la production de médicaments essentiels sur notre propre territoire.

Si vous connaissez d’autres idées formidables ou si vous avez simplement l’envie de partager votre expérience dans le domaine de l’Economie Sociale et Solidaire, n’hésitez pas à commenter sous l’article ! Sinon, j’espère que toutes ces belles initiatives vous auront au moins inspirées et/ou motivées à vous joindre à cette belle énergie citoyenne !

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